FAUT-IL PARDONNER ?

À l’approche de Samhain/Toussaint, j’avais envie de vous proposer une réflexion sur le pardon.

En effet, ce passage à la saison sombre nous invite à éclairer tout ce qu’en nous demande à être vu afin de pouvoir se terminer, partir ou mourir.

Le pardon peut faire partie des actes permettant de se délester de ces poids morts : situations, personnes, évènements qui nous ont blessé et qui laissent en nous une empreinte qui, de différentes manières, nous limite dans notre vie quotidienne.

Combien de fois n’as-tu pas entendu : « Tu dois pardonner », « Pour s’affranchir, il faut pardonner ».

Faut-il pardonner ?

Personnellement, je serais incapable de dire s’il le faut, je peux juste dire que c’est possible. J’ai dû faire d’abord le chemin pour moi-même. J'ai décidé que j'allais me pardonner... Et je suis parvenue à me pardonner l’impardonnable. J’ai compris que c’était possible de tout pardonner, quand j’ai pu pardonner au monstre en moi. Il n’y a qu’à ce moment-là que j’ai intégré (que mon corps a compris ) la réalité du Pardon inconditionnel. Est-ce que cela veut dire qu’en pardonnant aux plus sombres des parties de toi, tu pardonnes tout, complètement ? Le Pardon est-il un geste d’absolution qui nous dédouane éternellement de tout sentiment de culpabilité ? Je sens que l’on peut pardonner différentes parts de soi (même les pires) dès lors où nous les voyons. Toutes les parts de toi qui demandent à être pardonnées, mais qui restent dans l’Ombre, continuent à agir dans ta vie de manière subtile. Tu peux les reconnaître à chaque fois que tu te sacrifies, que tu fais preuve d’intransigeance, lorsque tu es habité.e par le sentiment de ne pas être adéquat.e, que tu te sens coupable alors que tu n’as commis aucun acte répréhensible.

En effet, as-tu déjà songé à la différence entre la culpabilité et le sentiment de culpabilité ? La culpabilité se réfère à une réalité objective : on est coupable lorsqu’on a commis un acte répréhensible (par rapport aux normes du système). Le sentiment de culpabilité est une expérience subjective qui n’est pas (forcément liée) à un acte coupable exercé par la personne qui se sent coupable. La honte liée à une culpabilité peut exclure quelqu’un du système et par exemple, si un ancêtre commet un acte répréhensible et n’en assume pas la responsabilité, le sentiment de culpabilité va être porté par un autre membre du système. Le sentiment de culpabilité emprisonne tout le monde sauf le coupable, car la culpabilité ainsi diluée empêche le vrai coupable de prendre ses responsabilités.

Selon cette perspective, et d’après Martine Gracin Fradet, assumer sa responsabilité libère plus que le pardon.

Alors, quand tu dis : « Je te pardonne » à un autre que toi, quelle place occupes-tu ? Pour le savoir : que ressens-tu quand tu émets cette sentence ? Car il s’agit bien d’une sentence : la question du pardon dévoile en filigrane un rapport de forces et de pouvoir. Celui qui détient le pouvoir de pardonner (ou pas), retient l’autre dans l’attente et, à sa manière, occupe à son tour, la place du bourreau. Et c’est pour cela que suite à la faute, je pense qu’à « pardonne-moi », je préfère la formule « Je m’excuse ». Car au cours du processus de guérison, la seule personne à qui il faille pardonner est bien soi-même. L’agresseur, l’abuseur n’est pas le destinataire du pardon, TOI seul mérites ton pardon. Reconnaître l’ennemi en soi, apprendre à lui pardonner, et à vivre avec lui...est déjà un sacré pas sur le chemin du Pardon.

Sur ce chemin, seul le Cœur peut tout consumer : la dureté, la faute, l'humiliation, la punition, la torture, la négligence, l'abandon,...de soi.

Beaucoup de personnes, sur leur chemin de développement personnel et sous l’influence d’un certain discours bien-pensant ambiant veulent - trop vite et tout – pardonner. Peut-être que, parce qu’on t’a dit qu’il fallait pardonner pour t’élever spirituellement, tu as fait l’impasse sur la reconnaissance et l’accueil de ta blessure. Peut-être que pour être cette belle âme qui pardonne, tu as choisi d’ignorer ton histoire. Peut-être que tu as camouflé tes besoins, une fois encore, pour te sentir aimable. En faisant cela, sens-tu comment tu t’es encore sacrifié.e ? Sauveur.e et victime, tu n’as pas fini d’alimenter le drame. Et en agissant ainsi, ce que nous nous s’obstinons à maintenir caché, tôt ou tard, se manifestera dans la matière de manière inattendue et, la plupart du temps, violente.

Le Pardon n’est pas une affaire de volonté.

C’est un processus de maturation devant lequel nous ne pouvons que nous incliner. Qui sommes-nous pour décider quant la pomme tombera de l’arbre ? …Il est possible de tout (se) pardonner en son temps, quand ce dernier se manifestera. La plus grosse difficulté est dès lors d’entretenir la confiance en la destinée divine de l’être humain. Nous pouvons être pressés de pardonner ; nous pouvons savoir qu’il « faut passer par là » pour atteindre notre liberté cependant, nous pouvons nous sentir démunis pour le faire : il faudra s’en remettre à la Connaissance suprême.

Pardonner c’est aller chercher les parties de toi perdues à la suite de certains traumatismes. Ces traumatismes t’ont « forcé.e » à renoncer à une part de ta puissance. Pardonner est alors un chemin qui te permet de retrouver ton intégrité. Concrètement, il s’agira de récupérer l’énergie piégée dans le champ énergétique d’une situation, d’un évènement, d’une personne. Mais c’est un chemin à rebours, une quête de ce qui demeure inconscient et caché.

Grâce au Pardon effectué au niveau personnel, de plus en plus d’entre nous pourront aider autrui à pardonner et à recouvrer ainsi l’intégrité de leur Esprit.

Tu guéris lorsque tu comprends que le Pardon ne te permettra pas d’accéder à la Liberté, mais qu’ils sont une seule et même chose…consistant à assumer pleinement et profondément ses responsabilités, à s’engager dans ses choix, avec le Cœur.

Pardonner c’est parfois accepter de perdre le lien car le ressentiment était ta seule attache à cet.te autre. Pardonner implique parfois aussi de s’incliner devant le Destin et de reconnaître que dans tel.le ou tel.le situation la responsabilité revient à l’Histoire.

Enfin, pardonner ne revient pas à donner une permission ou à se résigner à accepter des comportements blessants ou préjudiciables. Pardonner, c’est faire une place dans notre dans notre cœur à la personne, mais pas forcément dans notre vie.

Il y a une auteure, Nayyira Waheed, qui exprime très joliment une réalité à dont la compréhension m’a fait gagner en humilité : « Nous avons tous énormément blessé quelqu'un, que ce soit par intention ou par accident. Nous avons tous énormément aimé quelqu'un, que ce soit par intention ou par accident. C'est un trait humain intrinsèque et une profonde responsabilité, je pense, d'être un organe et une lame. Mais apprendre à nous pardonner à nous-mêmes et aux autres parce que nous n'avons pas choisi judicieusement, est ce qui nous rend les plus humains. Nous commettons des erreurs horribles. C'est notre façon d'apprendre. Nous respirons l'amour. C'est notre façon d'apprendre. Et c'est inévitable ».

Gisela


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