L'IMPORTANCE DES ADIEUX

L'IMPORTANCE DES ADIEUX

Dire adieu aux personnes de notre passé, ceux qui sont partis trop tôt ou ceux avec qui nous avons rompu le lien, fait partie des propositions énérgétiques de l'automne. Il est courant d'entendre qu'en cette saison, il est essentiel "d'abandonner", "couper", "lâcher" avec ce qui ne nous convient plus. Dans cette invitation faisant référence à un positionnement intérieur certes crucial, il manque pourtant (à mon sens) l'intégration d'une démarche non moins importante : DIRE adieu.


Pour vous illustrer cela, laissez-moi partager avec vous une expérience très personnelle...


Je pense souvent à quelqu’un parti de ma vie. Quelqu’un avec qui j’ai partagé une des plus belles périodes de mon existence : un compagnon d’itinérance, de poésie, de bravades épistolaires, de pélerinage, d'aventures théologiques folles; un compagnon de douleur, de joies, de plaisirs, de musique, d’études, de vision.

Je pense à lui. Puis à un.e autre... Et à mon grand-père, ma grand-mère… Les absents, les disparus. J’ai réalisé combien souvent je pense à eux.

Dans le cadre de ma formation actuelle, on m’a dit : « Toi, tu auras un don pour voir les exclus, les oubliés ». Je ne sais pas s’il s’agit d’un don ou plutôt de mon entêtement à me rappeler des gens. Leur beauté m’apparaît bien plus évidente les années passant. Je me rappelle jusqu’au tonus de leur embrassade. Le feu dans leur regard. Reste éternel en moi leur rire et leur espièglerie, leur innocence.

En me souvenant de toutes ces personnes que j’ai aimées tellement plus que ce que je croyais aimer, j’ai réalisé que je n’ai pu dire adieu à aucune d’entre elles. Qu’elles se soient retirées de ma vie de leur propre initiative ou parce que leur existence sur cette terre arriva à leur terme. Du jour au lendemain, sans autre geste, il a fallu continuer à vivre sans leur chaleur, leurs sourires, nos partages, notre complicité et parfois, nos projets. Et de manière subreptice, leur départ mal conscientisé a crée une place vacante mais inoccupable. Un recoin de jardin laissé à l’abandon ; un bouquet de fleurs séchées…


P. Eluard disait « Il y a un autre monde, il est dans celui-ci ».

Nos ancêtres, nos amours passées, nos enfants perdus demandent à être vus et sollicitent des adieux. Eux aussi ont besoin de pouvoir poursuivre leur chemin et rejoindre leur place. Pour cela, il est important que nous accueillions l’immense douleur qui accompagne le deuil de ce qui aurait pu être vécu.

Nous avons besoin de recréer de la Beauté dans ce recoin de jardin toutefois, avant cela, il faudra reconnaître ce qu’y est mort : les parties de nous qui ont cessé d’exister avec leur départ.

Nous avons besoin d’une couronne de fleurs fraîches regorgeant de rosée et de sève cependant, il nous faudra d’abord rendre à la terre ce qui est resté figé de notre histoire.

Avec amour pouvoir dire « Je te remets à Dieu »*.

Et n’oubliez pas d’embrasser les vivants. De leur dire, en face, combien vous les aimez. Et si vous souhaitez partir, ou si vous les sentez partir, dites-leur combien ils ont compté pour vous. Qu’ils sont importants. Que vous ne les oublierez pas.



*étymologie du mot adieu

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