LA MORT ET LA BLESSURE 🖤 AUTOUR DE SAMHAIN

C’était autour de Samhain, l'année 2017 je crois...Je préparais sa célébration avec les autres femmes sorcières. Et comme toujours, les évènements s’enchaînèrent, certaines énergies devinrent de plus en plus denses. Le travail accompli jusque là pouvait me conduire à travailler les axes fondamentaux de mon égo. Je parle des noyaux sclérosés de ma personnalité qui m’empêchaient, sans doute, d’être complètement alignée avec ce que je ressens, au profond de moi, comme ma mission de vie.


Qu’est-ce que la magie sinon des actes qui changent la conscience ?  Le travail magique commence avec la formulation claire et précise des intentions des participants. La sorcière va puiser le pouvoir de transformation dans le monde naturel et les énergies subtiles qui accompagnent les évènements cycliques, qui donnent aux différentes transitions leur couleur particulière. Or, Samhain marque le passage vers la saison sombre, et lève le voile entre notre monde et l’Autre Monde, celui des morts et des dieux… Subséquemment, le travail psychique consiste à lever le voile sur toutes ces choses mortes en nous que nous nous cachons le reste de l’année. C’est en nous confrontant avec le caractère mortifère de ces situations, comportements, personnes, traits de personnalité, etc. que nous acquérons la capacité magique de les laisser dans l’Autre Monde - les laisser mourir - lorsqu’on aura fermé la porte sur Samhain.


Une des intentions que j'ai formulées lors de ce rituel de Samhain était de laisser mourir la soif de reconnaissance pour accueillir la conscience de ma propre valeur.


Presque aussitôt le rite accompli, le travail de l’Ombre commença. Mon ciel intérieur s’obscurcît progressivement : je voyais littéralement le nuage. Pourtant, la soirée fût belle et généreuse. Je pensais que le dévouement dont j’habillais mes élans l’était aussi.  Cette situation me renvoyait à un schéma assez familier : celui où je fais de mon mieux, je prends du plaisir à donner sans que cela ne soit suffisant pour me sentir pleine. Il faut que je me sente spéciale, que je me démarque par ce que je fais, que je brille ET que l’on me le dise.


Je sais que je frôle les sables mouvants : j’écris ce qu’on évite d’écrire quand on prétend à une écriture qui apporte de la lumière. Je me dévoile : je lève le voile qu’il y a entre le Monde de l’écrivain et celui du lecteur, entre le guide et son disciple, le professeur et l’élève… Cette « mise à distance » que les uns ont instauré pour exercer de la fascination - du pouvoir - sur les autres. Je lève le voile sur ma noirceur - qui est très probablement la vôtre - et je vous révèle non pas une leçon d’existence bien ficelée, mais LE visage monstrueux : le mien, le vôtre.  Byron Katie l’écrivait : « En chacun de nous sommeille un monstre assoiffé d’amour ».

Je fais tomber le masque.


J’ai pris conscience que l’enfant abandonné, négligé, souffrant de ce terrible manque d’amour et de chaleur, est devenu un masque figé dans sa plus terrible expression. Terrible et caricaturale. Cela ne veut pas dire que cet enfant n’a jamais existé. Il a réellement, authentiquement, et profondément vécu en moi jusqu’il y a peu…


Ce que je voulais vous dire : il y a un moment où nous guérissons un tant soit peu. Assez pour que l’enfant vous montre enfin son autre expression : visage coquin, yeux pétillants, et un sourire qui dévore le monde ! Assez pour que, de sa petite voix, il vous parle de ses besoins. Assez pour qu’il re(dé)couvre son innocence.

La guérison ne prend pas forcément des allures spectaculaires. Je suis presque portée à croire qu’elle se déroule, le plus souvent, de manière tout à fait subreptice. En portugais, nous utilisons ce dicton : « comme qui ne veut pas la chose » …


C’est lors de l’ultime rencontre, en déambulant dans un jeu mille fois joué et alors que les dés semblent jetés, que vous recouvrez la vue. Lumière est faite sur le chemin parcouru depuis des années. Vous vient en mémoire le souvenir des dragons rencontrés, de tant de miroirs brisés et de passages secrets empruntés. Cette quête pour votre SOUVERAINETÉ, vous révèle que la blessure est devenue un masque. Et les masques…Bien, les masques ne sont pas des couronnes. Ils vous ôtent la vue. Aveugle, vous ne pouvez distinguer le chemin qui mène au trône.


Revenons à cette soirée de Samhain. Après le rite, l’obscurité s’étendant sur mon ciel intérieur… « Si personne n’a remarquée alors, je laisse tomber ». L’envie de tout quitter. L’envie de fuir. Je vais me coucher. Néanmoins, je suis convaincue que je ne dormirai pas. Je me connais : la soif me vole toujours le sommeil.


Dans la noirceur de la chambre, une voix douce remonta depuis mes profondeurs : « Ce que tu as fait était très beau ! Ce geste là…tellement magnifique ! Et tu y as pris tellement de plaisir ! C’était si bon de le sentir ce plaisir à faire, à donner, ce que tu aimes le plus hein ?... C’est tellement doux de donner dans le plaisir ! Et de créer de la beauté ! Je te félicite, vraiment ! Tu peux t’endormir maintenant. Tu peux prendre du repos, tu as fait ce que tu pouvais faire et c’est bien… ». Le sommeil me gagna et une délectation tranquille et tendre que je pense ne jamais avoir connu m’envahît entièrement. Un sentiment indescriptible que de savoir s’apporter de la compréhension, et un peu de réconfort. Alors que chaque jour, j’en apporte aux autres. Je ne savais pas - pas du tout ! - ce que cela faisait de se l’apporter à soi-même.


L’ego ne vient réclamer que ce qu’on lui refuse depuis longtemps. La réconciliation, ce bout de guérison, je ne l’ai pas expérimentée en combattant, en répudiant, en rabaissant mon égo, (comme le préconisent certains) mais en reconnaissant qu’AUJOURD’HUI, après tant de chemin parcouru, après m'être brisée mille fois et émerveillée tout autant devant le mystère de la Vie : je suis Souveraine ! Je suis Souveraine dans ma capacité à reconnaître et à accueillir ma lumière ; Souveraine dans la manière que je choisis de la refléter dans ce Monde, et dans la permission que je m'accorde d'en retirer de la Joie. Souveraine et Mère pour moi-même.


Gisela - Extrait d'un texte du recueil de poésie et de textes d'inspiration D'Ombre et de Lumière.


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Photographie : en direction de Phnom pen


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